Projet de mandat 2015-2021

Intervention de Thibault BAZIN lors de la session extraordinaire du Conseil Départemental du 6 juillet 2015 au sujet du projet de mandat 2015-2021

 

« Monsieur le Président, mes chers collègues,

Vous avez souhaité consacrer une session extraordinaire au projet de mandat 2015-2021 pour notre département de Meurthe-et-Moselle, ce qui nous paraît pertinent en début de mandat, même s’il aurait pu être opportun d’attendre la version finale de la loi NOTRé.
Nous ne reviendrons pas sur la méthode contestable, évoquée par notre président de groupe Michel Marchal, qui ne permet pas un débat serein puisque les représentants légitimes de près de la moitié des territoires (48,8% des communes : 290/594) n’ont pas été associés à l’élaboration de ce projet. Nous avons été invités à aucune réunion en trois mois, le mot « ensemble » répété à maintes reprises ce matin ne s’est pas concrétisé en actes. La démocratie locale mérite assurément mieux !

Cela étant dit, permettez-moi de revenir à l’essentiel et à parler du fond. La préoccupation principale des meurthe-et-mosellans, comme tous les Français, est l’emploi.
Or, votre projet de mandature – comme d’ailleurs celui de François Hollande en 2012 – fait abstraction de la crise économique et de la nécessité de développer l’économie à même de générer des emplois locaux.

Le développement économique n’est pas au cœur des préoccupations du Conseil Départemental. Vous allez me répondre que c’est normal puisque ce n’est pas sa compétence principale et que la loi NOTRé devrait vous en dédouaner au moins pour partie. C’est vite oublié que vous avez-vous aussi une boîte à outils.
Mentionnons tout d’abord votre bras armé : le syndicat mixte départemental des zones industrielles, qui manque clairement à l’appel.

Monsieur le Président, quelle stratégie comptez-vous déployer pour développer ces zones industrielles ?

A croire que seule la colline de SION vous inspire votre projet, vous n’êtes pas sans ignorer que notre département est propriétaire d’autres sites stratégiques. Le Château de Lunéville et le Pôle Hippique de Lorraine sont notamment portés disparus dans les 23 pages transmises : totalement oubliés, alors qu’ils représentent de véritables leviers de développement local. Là encore, le département est en 1ère ligne.
Monsieur le Président, quelle est votre stratégie de mandat pour faire de ces sites départementaux des générateurs d’emploi non délocalisable ?

Vous estimez dès la première page que « la baisse brutale des dotations aux collectivités est injuste et contre-productive pour renforcer notre soutien à l’emploi local ». Vous conviendrez donc qu’il est urgent de relancer l’investissement. Pour ce faire, vous avez à votre disposition le formidable effet de levier de l’aide aux communes.
Monsieur le Président, quels seront les engagements financiers du département dans les futurs contrats Territoires Solidaires ?

Notre propos se veut constructif. Dans cet esprit, nous voulons tout particulièrement applaudir la démarche proposée en faveur du logement : en prenant enfin la compétence de la délégation d’aide à la pierre – comme nous l’avions proposé pendant la campagne – notre département pourra ainsi assumer sa part de responsabilité.
Vous venez d’ailleurs, Monsieur le Président, de prendre la présidence du Conseil d’Administration de Meurthe-et-Moselle Habitat, bailleur départemental, ce dont nous vous félicitons car il témoigne de votre intérêt pour la politique de l’habitat. Mais tous les territoires bénéficieront des nouveaux programmes d’investissement ? Il en va de l’équité territoriale et de la cohésion sociale y compris dans le secteur rural !
La compétence du développement économique étant destinée à la future grande région, les autres politiques départementales ont pour autant des effets directs ou indirects sur l’économie locale. Et votre projet apparaît sous cet angle incomplet et permettez-nous d’évoquer quelques exemples :
Il faut encore améliorer le plan collèges en écoutant les besoins exprimés localement et concrétiser rapidement les investissements promis. Il y a un retard certain à l’allumage et l’objectif 2018 ne sera pas tenu. Le BTP a pourtant besoin d’investissements réels plus que des promesses d’investissements.
Il faut remettre en cause le choix du WifiMax car les Meurthe-et-Mosellans attendent des résultats en matière de haut débit. Pensez aux entreprises qui conditionnent leur installation à l’accès à ses services.
Le département est l’acteur principal de l’accompagnement social des personnes en recherche d’emploi. Une priorité doit être donnée à l’insertion par l’activité et la formation. Le souci d’une « reconquête républicaine » passera aussi par une lutte renforcée contre les fraudes de tout type afin de recrédibiliser l’action politique.

Si les territoires ruraux ont autant exprimé leur mécontentement à travers le vote contestataire, il faut analyser les motifs du sentiment d’abandon. A ce titre, un geste fort de véritable solidarité territoriale serait d’assurer à nouveau la gratuité du transport scolaire méridien tant qu’il n’y a pas de structures collectives adaptées pour accueillir les enfants.
Vous évoquez aussi la stratégie Allemagne de la Lorraine mais quelle ambition pour la langue allemande, véritable atout pour l’emploi, portez-vous concrètement alors que s’annonce la fin des classes bilangues germanistes faute de continuité avec le cycle élémentaire ? En plein bouleversement, pourquoi ne pas avoir demandé la réunion de la commission départementale des langues étrangères ?
Le pouvoir d’achat des ménages, autre préoccupation majeur des Meurthe-et-Mosellans, passera aussi par une maîtrise de la fiscalité départementale sous toutes ses formes, et ce y compris après 2016.
Monsieur le Président, quels sont vos engagements en la matière pour la totalité du mandat, et non seulement les 1ères années ?

Pour répondre à la crise sociale et économique, et la crise de confiance manifestée par les votes extrêmes, il faut commencer par tout mettre en œuvre afin de développer l’économie locale. Alors la reconquête républicaine sera résolument en marche.

Monsieur le Président, et ce sera notre conclusion, les Meurthe-et-Mosellans nous attendent au tournant pour apporter à notre niveau départemental des réponses efficaces et concrètes à la crise économique. Afin de répondre à ce défi, l’union départementale semble un préalable indispensable à la hauteur des enjeux, en associant chaque représentant légitime de tous les territoires afin de co-construire ce projet dans l’esprit qui vous animait lors de votre discours d’élection à la présidence. C’est pourquoi nous vous demandons de revoir ce projet départemental inadapté dans sa version actuelle pour permettre une véritable reconquête républicaine. »